Dès vendredi soir, Le Pen dénonçait le «mobile abject du racisme» de l'auteur présumé de l'attentat de Trappes et La Verrière, qui a fait un mort et 5 blessés dont une fillette de 12 ans, tous noirs de peau. Le suspect voulait explicitement s'en prendre «aux noirs» et «aux Arabes», lui qui «en a marre d'eux». La tonalité du message de la candidate d'extrême droite à la présidentielle est nouvelle : depuis des années, lorsqu'elle évoque Trappes, c'est plutôt pour dénoncer «la réalité islamiste» de la ville et réclamer sa «mise sous tutelle», pointer «la compromission du maire [Ali Rabeh] avec les islamistes», l'érigeant en «symbole de ces villes et quartiers où la République a reculé pour laisser la place au communautarisme et à l'islamisme». En février 2021, la leader frontiste évoquait longuement le supposé «grand remplacement» (prenant soin de ne pas prononcer le nom de cette théorie raciste) à l'oeuvre dans cette commune des Yvelines : «En 30 ans, Trappes est devenue un territoire perdu de la République, sous le poids d'une immigration massive et ininterrompue qui l'a changée en profondeur. Qui peut nier que l'immigration dérégulée a été le moteur de la montée en puissance de l'islamisme dans notre pays ?»
Le Pen était aussi parfaitement d'accord avec Bardella lorsqu'en 2022, l'actuel président du RN (réélu ce week-end à plus de 98% sans opposant) avait été mis en examen pour avoir qualifié Trappes de «petite République islamiste en miniature». Sur le plateau de Cyril Hanouna, il avait ajouté qu'il s'agissait de la «capitale européenne du djihad». Des propos rapidement rappelés par Ali Rabeh vendredi, pour dénoncer «la responsabilité immense des médias» qui les diffusent et rappeler que «les mots ont des conséquences dramatiques». Tout au long du week-end, de nombreux responsables de gauche (Marine Tondelier, Olivier Faure, Mathilde Panot, Clémentine Autain...) mais pas que (Dominique de Villepin) lui ont emboîté le pas pour pointer la «responsabilité» des élus d'extrême droite dont les discours de haine peuvent alimenter les motivations violentes de certains, comme le suspect de Trappes qui possédait un exemplaire de Mein Kampf chez lui.
Évidemment, le RN nie avoir quoi que ce soit à voir avec tout ça. Dans un échange off-mais-pas-vraiment avec des dizaines de journalistes ce week-end, Le Pen a jugé que «faire un lien entre nous et ce qui s’est passé n’est pas digne», selon des propos rapportés par Politico hier. Et d'ajouter, d'après l'Opinion ce matin : «On ne peut pas faire de lecture politique sans en savoir plus sur le profil de cet assassin.» Sur France Inter ce matin, Chenu a même cru malin de faire un parallèle avec les appels à ne pas faire «d'amalgame» entre terroristes et musulmans lors d'attentats islamistes : «Là, pour l'extrême gauche, cet amalgame il est automatique, comme si c'était un devoir moral pour eux.» Et le même d'estimer que «les mots» de Bardella sur la «République islamiste» de Trappes «étaient très bien choisis».
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