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CHEZ POL 26 OCTOBRE

 




#Cinétique #AntiAntifa #Clean #Amalgame #SoutienGorge


Chez Pol n°1815 - Réservé aux abonnés Libé



Bonjour, nous sommes le 26 octobre
et c'est le bon jour pour rassurer.

N'ayez pas peur. Photo Lionel Bonaventure. AFP (2026)

FAIT MAISON Vous pouvez critiquer, mais l'Élysée est plutôt satisfait du travail de Macron

AU COMPTOIR Réflexe pavlovien : LR réclame quand même l'état d'urgence malgré un week-end plutôt calme ; les ministres ont interdiction de dire du mal de leur collègue Nuñez ; et l'extrême droite se sentirait-elle visée par les antifascistes ?

YOUPOL Ça alors, encore un salut nazi dans un meeting de Bardella et Le Pen

PASSION ARCHIVES Sur Trappes, le RN grand-remplace des années de stigmatisation par un peu de compassion

LE MOT «Reichstag»

ON POSE ÇA LÀ Préparez-vous à la grande annonce de Bertrand 

ÇA ARRIVE AUJOURD'HUI Lecornu reçoit enfin les lycéens

L'ADDITION Jouons avec les accessoires

DEVOIR ACCOMPLI • L'Élysée n'est évidemment pas ravi-ravi de voir fleurir, un peu partout dans la presse, des offs d'élus macronistes, de conseillers ministériels voire de ministres consternés par l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron le 18 octobre, en réaction aux saccages ayant parasité les manifs de la veille. Une prise de parole jugée «vide» ou «inutile» par certains, d'autres y voyant même l'acte de décès du décennat du Président, en tout cas le signe de son impuissance dans la crise actuelle. Un proche du chef de l'État se souvient de réactions similaires après l'allocution du 10 décembre 2018, en pleine crise des gilets jaunes. «On avait eu le même genre de chose : ''Il est déconnecté, il ne sera jamais réélu''. Si on avait écouté ces gens, ils ne seraient plus là pour faire des offs aujourd’hui», cingle ce conseiller élyséen, estimant que ces contempteurs «se sabordent eux-mêmes». Et de viser tout particulièrement Édouard Philippe et sa réaction très rude à la dernière apparition de Macron : «Dans les sondages, il a encore perdu dans l’électorat macroniste de 2022 après ses déclarations. Belle opération !» «Étonnée» qu’on «juge que donner ''tout moyen'' aux préfets pour rétablir l’ordre et protéger les centres-villes soit jugé comme ''rien''», notre source rappelle la dureté de la réponse sécuritaire : «On a d’ailleurs vu à quel point les couvre-feux et les interdictions de manifester ont pu faire débat cette semaine.» Des mesures toutefois décidées... après cette allocution et pas par Macron lui-même. Autour du Président, on se satisfait en tout cas que «les décisions» du patron aient «été suivies d’effets», avec de nouvelles manifs sans incident particulier ce week-end. «C’est le plus important. Le reste c’est de la littérature», balaie notre conseiller, théorisant : «La cinétique des crises, c’est toujours comme cela. Une acmé, la reconnaissance de ce qui a dysfonctionné, une prise de parole toujours jugée déceptive mais qui pose les jalons d’une sortie, l’épreuve des faits [samedi, ndlr], le cadre du dialogue sur le fond.» Et pour ficeler tout ça, le «PR» se rend à Marseille pour une visite surprise aujourd'hui, sur le thème du «retour de l'ordre». E.B.

Le sentiment du travail bien fait. Photo Xose Bouzas. Hans Lucas via AFP (2026)

TOUJOURS PLUS • Couvre-feux, interdictions de manifester, consignes d’extrême fermeté aux procureurs… La flopée de mesures sécuritaires ne suffit pas à rassasier les LR, qui réclament du rab. Après l’avoir déjà exigé dans la foulée du 17 octobre, le secrétaire général du parti de droite, Othman Nasrou, sur Public Sénat ce matin, «demande encore l’état d’urgence parce [qu’il voit bien] qu’on aura d’autres manifestations qui vont arriver, que tout ça est inscrit dans la durée». Le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a beau dire que «les cortèges se sont bien passés» ce samedi, Nasrou plaide pour la mise en place d’un régime d’exception, d’une durée d’au moins 12 jours. Et puisque ce ne serait pas assez, il veut «inscrire de manière plus pérenne dans la loi» plusieurs outils restrictifs : «perquisitions administratives, interdictions de manifester, assignations à résidence d’individus dangereux». Les Républicains ont décidément bien choisi leur nom.

Trouve quelqu'un qui te regarde comme la droite regarde la restriction des libertés publiques. Photo Bastien Ohier. Hans Lucas via AFP (2026)

RAPPEL À L'ORDRE • Nuñez, tu l’aimes ou tu nous quittes. Matignon a visiblement été échaudé par les critiques formulées dans la presse sous couvert d’anonymat par certains membres de l’exécutif contre le ministre de l’Intérieur, fragilisé par sa gestion calamiteuse du 17 octobre. En pleine réunion des directeurs de cabinets ministériels, le bras droit de Sébastien Lecornu, Philippe Gustin, y est allé de son rappel à l’ordre, selon la Tribune dimanche : «Les ministres qui ont pris leur distance avec ce qui s'est passé, qu'ils n'hésitent pas à quitter le gouvernement», a lancé le dircab du Premier ministre «sans que [les participants] ne comprennent qui était implicitement visé», précise l’hebdo. Mieux vaut deux fois qu’une, Lecornu himself l’a imité 2 jours plus tard en Conseil des ministres et demandé, toujours selon le canard dominical, «que les critiques exprimées en off dans la presse à l'encontre de Nuñez cessent». Si même le gouvernement est touché par les restrictions de liberté...

LES ENNEMIS DE MES AMIS • Dis-moi qui tu cibles, je te dirai qui tu es. Durant une table ronde lors du congrès du RN à Orléans ce week-end, l'eurodéputé et porte-parole du parti d'extrême droite Matthieu Valet a annoncé la dissolution de plusieurs associations en cas d’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen en 2027. Urgence Palestine et Révolution permanente au premier chef, mais plus généralement toutes les associations considérées comme antifascistes. «Nous casserons toute organisation qui se réclamera antifa», a prévenu Valet, comme rapporté par l’Opinion. L’eurodéputé n’est en tout cas pas le seul militant anti-anti-fa de son camp politique. Pas plus tard que le 18 octobre, Éric Ciotti appelait déjà à «la dissolution des mouvements antifa et d’ultra gauche». À force de constater leur obsession contre les organisations antifascistes, on finirait presque par croire qu’ils se sentent visés.

Flûte, est-ce que je viens de laisser entendre que j'étais fasciste ? Photo Romain Perrocheau. AFP (2026)

TAIS-TOI, TOI • Quand on est en opération respectabilisation depuis des années, ça la fout mal. Auteur de messages sur X pas vraiment en phase avec le vernis que Le Pen tente inlassablement de poser sur le RN, Sébastien Chenu commence à agacer la patronne, qui lui a pourtant laissé son poste de présidente du groupe frontiste à l'Assemblée pour se consacrer à sa campagne. Selon le Parisien, après son «ferme la stp» à Marine Tondelier, son «tais-toi» à Olivier Faure ou encore son «faux cul» à Sophie Binet, le député du Nord a été invité par la candidate à la présidentielle à «contenir un peu ce genre de réactions». On risquerait de voir qu’enfiler un costume ne fait pas tout…

C'est marrant, c'est toujours le RN qui a le mauvais rôle

La tuile ! Malgré sa volonté de jouer toujours plus la carte de la respectabilité en se présentant comme la candidate de «la paix» et de «la concorde», un bon gros caillou s’est encore glissé dans la chaussure de Le Pen à Orléans hier. Alors que le président fraîchement reconduit du RN, Jordan Bardella, prononçait son discours avant celui de la quadruple prétendante à la présidentielle, des membres de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont perturbé sa prise de parole, brandissant notamment une pancarte «Bardella réélu : le racisme et l’antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire» - vous avez la réf des révélations de Mediapart sur les messages antisémites rédigés par l’eurodéputé dans sa jeunesse. Bronca dans la salle malgré les appels au calme de l'aspirant Premier ministre. «Je vous propose de chanter la Marseillaise», lance Bardella. Ici, on défend l’ordre et la patrie face à ces perturbateurs d’«ultra gauche», selon lui. Pas de bol, juste avant cette réponse qui se voulait aussi clean qu’une cravate de député d’extrême droite, les caméras de LCP ont filmé un homme faisant un salut nazi, vite rattrapé par sa voisine qui lui a promptement rabattu le bras, en réponse à l’opération de l’UEJF. Organisation, au passage, bien loin d’appartenir à «l’ultra gauche» ni à «l’extrême gauche» ou à la «gauche ultra», comme l’a maintenu Chenu, le nouveau président des députés RN, sur BFMTV hier soir. «Si c’est un salut nazi, on condamne totalement. […] Si on l'avait vu, on l'aurait sorti. Il n'y a aucune ambiguïté là-dessus», assure le RN à LCP. Ouf ! Même si ce n’est qu’un homme dans une salle de plusieurs milliers de personnes, on aurait pu se poser des questions après avoir découvert cette énième «brebis galeuse» au sein du parti à la flamme.

La compassion grand-remplace la stigmatisation

Tête haute et mains propres, comme on dit. Photo Alain Jocard. AFP (2026)

Dès vendredi soir, Le Pen dénonçait le «mobile abject du racisme» de l'auteur présumé de l'attentat de Trappes et La Verrière, qui a fait un mort et 5 blessés dont une fillette de 12 ans, tous noirs de peau. Le suspect voulait explicitement s'en prendre «aux noirs» et «aux Arabes», lui qui «en a marre d'eux». La tonalité du message de la candidate d'extrême droite à la présidentielle est nouvelle : depuis des années, lorsqu'elle évoque Trappes, c'est plutôt pour dénoncer «la réalité islamiste» de la ville et réclamer sa «mise sous tutelle», pointer «la compromission du maire [Ali Rabeh] avec les islamistes», l'érigeant en «symbole de ces villes et quartiers où la République a reculé pour laisser la place au communautarisme et à l'islamisme». En février 2021, la leader frontiste évoquait longuement le supposé «grand remplacement» (prenant soin de ne pas prononcer le nom de cette théorie raciste) à l'oeuvre dans cette commune des Yvelines : «En 30 ans, Trappes est devenue un territoire perdu de la République, sous le poids d'une immigration massive et ininterrompue qui l'a changée en profondeur. Qui peut nier que l'immigration dérégulée a été le moteur de la montée en puissance de l'islamisme dans notre pays ?»

Le Pen était aussi parfaitement d'accord avec Bardella lorsqu'en 2022, l'actuel président du RN (réélu ce week-end à plus de 98% sans opposant) avait été mis en examen pour avoir qualifié Trappes de «petite République islamiste en miniature». Sur le plateau de Cyril Hanouna, il avait ajouté qu'il s'agissait de la «capitale européenne du djihad». Des propos rapidement rappelés par Ali Rabeh vendredi, pour dénoncer «la responsabilité immense des médias» qui les diffusent et rappeler que «les mots ont des conséquences dramatiques». Tout au long du week-end, de nombreux responsables de gauche (Marine Tondelier, Olivier Faure, Mathilde Panot, Clémentine Autain...) mais pas que (Dominique de Villepin) lui ont emboîté le pas pour pointer la «responsabilité» des élus d'extrême droite dont les discours de haine peuvent alimenter les motivations violentes de certains, comme le suspect de Trappes qui possédait un exemplaire de Mein Kampf chez lui.

Évidemment, le RN nie avoir quoi que ce soit à voir avec tout ça. Dans un échange off-mais-pas-vraiment avec des dizaines de journalistes ce week-end, Le Pen a jugé que «faire un lien entre nous et ce qui s’est passé n’est pas digne», selon des propos rapportés par Politico hier. Et d'ajouter, d'après l'Opinion ce matin : «On ne peut pas faire de lecture politique sans en savoir plus sur le profil de cet assassin.» Sur France Inter ce matin, Chenu a même cru malin de faire un parallèle avec les appels à ne pas faire «d'amalgame» entre terroristes et musulmans lors d'attentats islamistes : «Là, pour l'extrême gauche, cet amalgame il est automatique, comme si c'était un devoir moral pour eux.» Et le même d'estimer que «les mots» de Bardella sur la «République islamiste» de Trappes «étaient très bien choisis».

Mais qu’arrive-t-il au maire de Limoges, Guillaume Guérin ? On comprend tout à fait que la destruction de l’hôtel de ville de sa commune, dans un incendie volontaire le 17 octobre, touche cet élu de droite et le mette particulièrement «en colère». Mais celui qui a réussi à maintenir à droite cet ancien fief socialiste se lance depuis une semaine dans des contre-offensives politiques pour le moins ~audacieuses~. Dernier exemple en date : dans une interview à l’hebdomadaire allemand Die Zeit, l’élu LR compare carrément l’incendie de sa mairie à celui… du Reichstag à Berlin en 1933 : «Ce qu’il s’est passé à Limoges est grave. Très grave. C’est l’incendie du Reichstag de 1933 mais en France. Il s’agit d’un acte de destruction de la République française.» La journaliste lui fait remarquer que l’incendie du Reichstag était une «attaque contre la démocratie» et «s’est déroulé avant la dictature nationale-socialiste», mais Guérin insiste : «Limoges est le début d’une crise intérieure en France.» On rappellera quand même que l’incendie du Reichstag a immédiatement entraîné une suspension des libertés civiles et politiques et déclenché une campagne de répression contre les communistes allemands et d’autres opposants. Qu’il a permis à Hitler de s’installer définitivement au pouvoir. Que la thèse des communistes (aujourd’hui le même Guérin parlerait «d’ultragauche») qui auraient planifié l’incendie de la Chambre basse allemande a été infirmée par les historiens. Et que la thèse d’un événement fomenté par les nazis reste une possibilité selon plusieurs historiens. On se demande donc pourquoi le maire de Limoges trace un parallèle historique si hasardeux. Le fait-il pour mettre en garde contre l’extrême droite ? Contre la suspension de certaines libertés publiques comme celle de manifester voire l’instrumentalisation qui pourrait être faite de cet incendie pour proposer, comme le fait le président de son parti, Bruno Retailleau, l’interdiction de LFI ? On en doute fort.

UN DÉJ POUR LES RASSEMBLER TOUS • Lors de leur déjeuner la semaine dernière, Bruno Retailleau et David Lisnard ont «pris l'engagement qu'ils ne se présenteraient pas tous les deux devant les Français». C'est en tout cas ce que raconte le maire de Béziers Robert Ménard au JDD de Bolloré. Reste à savoir comment et quand décider lequel des deux candidats devra abandonner.

SUSPENSE SOUTENABLE • Selon la Tribune dimanche, Xavier Bertrand «a l'intention d'annoncer sa candidature à l'Élysée en novembre». Car non, ce n'est pas déjà fait malgré environ 8000 annonces de ses intentions.

NO BRA, PAS DE CHOCOLAT • Comme l'ont raconté plusieurs de nos consœurs, dont notre collègue Charlotte Belaïch, le port du soutien-gorge était obligatoire pour les femmes désirant assister au congrès du RN ce week-end, comme lors de la rentrée du parti d'extrême droite. Les agents chargés de la fouille au corps passaient ainsi une main dans le dos pour s'assurer de la présence de l'accessoire censé garantir que la personne n'était pas une dangereuse Femen...

• Matignon, 14h30 Après Macron vendredi, c’est au tour de Sébastien Lecornu de recevoir les organisations lycéennes et étudiantes - mais aussi enseignantes, syndicales, patronales, les collectivités territoriales et les parlementaires. Ça fait du monde. Les ministres Édouard Geffray (Éducation nationale) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) seront ensuite chargés de faire les annonces en réponse aux revendications, avec notamment une révision attendue, mais aux contours encore flous, de Parcoursup.

• Parlement, après-midi À l’Assemblée, se poursuit l’examen en commission de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2027. Et au Sénat, retour (en commission puis en séance) du projet de loi constitutionnelle, déjà adopté par les députés, visant à accorder un «statut d’autonomie» à la Corse. France 3 Corse fait le point sur les rapports de force sur ce texte alors que la chambre haute y est globalement hostile.

On termine avec notre jeu du jour. Quel accessoire de puériculture pouvait-on acheter à la boutique du RN à Orléans ?

• Une poussette RN
• Des couches RN
• Un biberon RN
• Un doudou RN
• Une tétine RN
• Un bavoir RN

Pour jouer, cliquez sur ce qui vous semble être la bonne réponse ci-dessus.


Bien joué !

La journaliste de Franceinfo Laure Cometti a posté sur X des photos de la boutique du RN à Orléans. Pour la modique somme de 40 euros, vous auriez pu acheter un lapinou blanc avec le logo RN.


Maison et objets utiles - <b>Rassemblement national</b>
Alex Sulzer on X: &quot;Vous êtes team doudou RN ou mug Tanguy ...
Le doudou lapin blanc et bleu aux couleurs du Rassemblement National (RN) existe bel et bien. Ce produit dérivé officiel a fait son apparition et a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, notamment lors du XIXᵉ Congrès du parti à Orléans en octobre 2026.



Et enfin, les résultats de notre jeu de vendredi. Eh oui, Raphaël Glucksmann et Jacques Chirac font bien la même taille. Et non, leur point commun n'est pas leur amour du sumo, du moins à ce que l'on sait des passions de Glucksmann.

Sur ce, bonne journée👋. Et à demain sur les routes de l'info.

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Chez Pol a été concoctée par 
Etienne Baldit, Sylvain Chazot et Sébastien Tronche
Avec la participation de Lilian Alemagna, Mathis Hardouin et d'Arthur Louis


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