Raz-de-marée démocrate ou nouveau coup d'éclat de Trump ? Qui prendra le Sénat ? Voici les 10 repères que je vais regarder de près ce mardi pour lire le dernier grand scrutin avant 2028.
Hi everyone, numéro spécial (gratuit) de Zeitgeist à la veille des élections de mi-mandat.
🟨🟧 Midterms : mon guide en 10 points
Raz-de-marée démocrate ou nouveau coup d'éclat de Trump ? Qui prendra le Sénat ? Voici les 10 repères que je vais regarder de près ce mardi pour lire le dernier grand scrutin avant 2028.
Hi everyone, numéro spécial (gratuit) de Zeitgeist à la veille des élections de mi-mandat.
Ce matin, à la veille des midterms sur lesquelles je radote depuis des mois dans Zeitgeist (le Texas ! Le Michigan !! Le Maine !!! Le Kansas !!!!), je veux partager avec vous les 10 choses que je vais scruter demain soir (et dans les heures qui suivront, car en 2020, 2022 et 2024, il a fallu plusieurs jours pour déterminer qui avait la majorité à la Chambre).
Pour comprendre ce que les Américains ont voulu exprimer dans les urnes.
Et les leçons qu’il faut en tirer, pour la présidence Trump et pour la suite (oui, la présidentielle 2028 commence demain soir).
Est-ce que ces élections de mi-mandat vont marquer le début de la fin de l’ère Trump ?
Ou le président Trump va-t-il parvenir à déjouer les sondages une nouvelle fois et faire un pied de nez historique à tous ceux qui l’imaginent déjà n’être plus qu’un lame duck, un canard boiteux, l’expression qui désigne les présidents sans pouvoir en fin de mandat ?
1 - Jusqu’où la vague va-t-elle monter ?
2 - Pourquoi ce n’est pas si simple pour les démocrates de gagner le Sénat
3 - Le Texas, cette fois, est-ce vraiment possible ?
4 - Le Michigan, jusqu’où peut gagner une gauche assumée ?
Raz-de-marée démocrate ou nouveau coup d'éclat de Trump ? Qui prendra le Sénat ? Voici les 10 repères que je vais regarder de près ce mardi pour lire le dernier grand scrutin avant 2028.
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Ce matin, à la veille des midterms sur lesquelles je radote depuis des mois dans Zeitgeist (le Texas ! Le Michigan !! Le Maine !!! Le Kansas !!!!), je veux partager avec vous les 10 choses que je vais scruter demain soir (et dans les heures qui suivront, car en 2020, 2022 et 2024, il a fallu plusieurs jours pour déterminer qui avait la majorité à la Chambre).
Pour comprendre ce que les Américains ont voulu exprimer dans les urnes.
Et les leçons qu’il faut en tirer, pour la présidence Trump et pour la suite (oui, la présidentielle 2028 commence demain soir).
Est-ce que ces élections de mi-mandat vont marquer le début de la fin de l’ère Trump ?
Ou le président Trump va-t-il parvenir à déjouer les sondages une nouvelle fois et faire un pied de nez historique à tous ceux qui l’imaginent déjà n’être plus qu’un lame duck, un canard boiteux, l’expression qui désigne les présidents sans pouvoir en fin de mandat ?
Il a tenu ce dimanche soir à Dubuque, dans l’Iowa, la plus longue réunion publique de sa présidence, une heure, cinquante-neuf minutes et quarante-et-une secondes.
Je vais laisser de côté aujourd’hui deux conséquences des résultats de demain qui pourraient pourtant nous occuper dans les prochaines semaines.
D’abord l’éventuelle reprise de la guerre contre l’Iran, si le président Trump voulait détourner l’attention d’une défaite.
Ensuite la tentation qu’auront les républicains de faire démissionner l’un des juges conservateurs de la Cour suprême pour pouvoir en nommer un nouveau avant que le nouveau Sénat ne siège en janvier. Ce serait le quatrième (sur neuf) nommé par Trump.
Tous les sondages annoncent une vague bleue, la couleur des démocrates.
Mais va-t-on assister à une ondulation, une vaguelette, un clapot, une houle, un rouleau, une lame, une déferlante, un raz-de-marée ou un tsunami ?
En 2022, j’étais parti couvrir la campagne en Pennsylvanie, je me souviens que les républicains étaient impatients de voir déferler une vague rouge massive en leur faveur qu’ils croyaient apercevoir dans l’horizon des sondages. Ils ont constaté, dépités, qu’il ne s’agissait que d’une simple vaguelette, avec une majorité étroite à la Chambre. Ce qui avait encouragé Biden à envisager de se représenter.
Il faut rester prudent. Et si les sondages se trompaient ? J’ai consacré le dernier numéro de Zeitgeist à cette question, je ne vais pas y revenir longuement ici.
Mais les sondeurs eux-mêmes sont perplexes de trouver des résultats aussi favorables aux démocrates… et certains y voient même le signe que le vote Trump pourrait être sous-estimé.
Voici par exemple ce qu’écrivait il y a quelques jours Nate Cohn, le spécialiste des sondages au New York Times, en publiant un sondage pour la sénatoriale du Minnesota, avec une avance spectaculaire et inédite de près de quinze points de la candidate démocrate, du jamais-vu dans cette campagne. Cohn peine lui-même à y croire.
“C’est l’un des résultats les plus atypiques que nous ayons jamais publiés. (...) S’il s’avère que les sondages, ou les nôtres, ont sous-estimé la force des républicains cette année, nous pourrions rétrospectivement y voir un canari dans une mine de charbon.“
Comprenez, un signal d’alarme. Ce résultat signalerait “que les sondeurs ont peiné à joindre les électeurs blancs des classes populaires, plutôt qu’une quelconque force des démocrates“.
C’est le scénario que redoutent les démocrates, encore traumatisés par les présidentielles de 2024, 2020 et 2016, où les sondages avaient sous-estimé le vote Trump.
Mais gardons en tête qu’un président élu ou réélu perd généralement les élections de mi-mandat suivantes. Comme Clinton en 1994, Bush en 2006, Obama en 2010… ou Trump en 2018.
C’est intéressant de regarder ce qui s’est passé en 2018, comme le faisait ce weekend le podcast Pod Save America produit par des anciens collaborateurs de Barack Obama.
En 2018, Trump était président depuis deux ans, l’économie tournait bien, l’inflation était faible et il avait fait passer un programme de baisses d’impôts qui profitaient aux plus riches, mais aussi aux classes moyennes (aveu, j’en avais moi-même bénéficié). Les républicains avaient été devancés de 8,5 points et avaient perdu la Chambre des représentants.
Cette année, l’inflation pèse davantage sur les familles. Trump est affaibli par ses reniements. Il n’a pas tenu ses promesses sur le prix des “groceries“, qui lui avaient permis de se faire réélire en 2024. Et le prix de l’essence cristallise les tensions depuis le début de la guerre contre l’Iran, très impopulaire, que lui reproche une partie de base électorale à laquelle il répétait depuis plus de dix ans qu’il voulait mettre fin aux guerres sans fin. Cette guerre a même éloigné une partie de ses soutiens MAGA, qui estiment qu’il a trahi sa promesse de America First (je vous l’ai souvent raconté dans Zeitgeist, les podcasteurs Tucker Carlson et Megyn Kelly en sont de bons exemples). Les premières tensions avec cette base MAGA canal historique sont apparues dès l’été 2025, lorsque Donald Trump a refusé de publier les dossiers Epstein.
Donald Trump est plus impopulaire qu’en 2018. Si les électeurs trumpistes, qui ne sont pas prompts à répondre aux sondages d’opinion, qui ont été sous-estimés par les instituts de sondage en 2016, 2020 et 2024, vont voter en masse demain, les sondages favorables aux démocrates seront contrariés. Tout dépendra de la mobilisation de cet électorat du président.
Mais, même si la vague est moins massive que ne le prédisent les sondages, il serait très surprenant que Donald Trump s’en sorte mieux qu’en 2018, quand la Chambre avait basculé côté démocrate. Nancy Pelosi était redevenue Speaker, c’est-à-dire présidente de la Chambre, et Trump avait vécu l’enfer politique. Chaque discussion budgétaire était un bras de fer.
Certes, Donald Trump pourra continuer à gouverner par décrets exécutifs, mais il devra négocier, sur le financement de la guerre par exemple. Ce qui devrait changer aussi, c’est que les membres de son administration vont être soumis à un contrôle beaucoup plus étroit du Congrès. En 2019, la majorité démocrate à la Chambre avait même voté l’impeachment, la mise en accusation de Trump.
En cas de victoire démocrate, on scrutera aussi la taille de la majorité. 20 ? 30 ou plus ? Les comparaisons avec les précédents scrutins seront délicates car républicains, puis démocrates, se sont laissés aller à une surenchère de charcutage des circonscriptions, ce que les Américains appellent du gerrymandering. Est-ce que cela risque de se retourner contre les républicains, par exemple au Texas ? Nous verrons demain.
Ça, c’est pour la Chambre.
Mais le plus important demain, ce sera la question du contrôle du Sénat.
🟨🟧 2- Pourquoi ce n’est pas si simple pour les démocrates de gagner le Sénat
Même si une vague démocrate déferle demain, les démocrates ne sont pas assurés de gagner le Sénat.
Il leur faut décrocher au moins quatre sièges républicains. Gardez ce chiffre en tête, c’est la clef de la soirée.
Parce qu’aux États-Unis plus qu’ailleurs, chaque élection est d’abord locale. Les candidats El-Sayed dans le Michigan et Talarico au Texas (je vais vous en reparler) n’ont pas grand-chose en commun, ils ont même des divergences idéologiques majeures, mais siégeraient sur les mêmes bancs au Sénat s’ils étaient élus.
Il y a quelques mois, au printemps, je vous aurais dit qu’il était improbable que les démocrates décrochent la majorité au Sénat, en raison de la carte électorale. Les choses ont changé au fil de l’été, à mesure que la colère sur la guerre contre l’Iran et l’inflation a laissé penser qu’une partie de la base trumpiste pourrait ne pas aller voter.
Mais la carte électorale demeure défavorable aux démocrates, comme le montre cette carte de Fox News des sièges à renouveler.
Le Sénat est renouvelé par tiers tous les deux ans. Il se trouve (hasard) que les 35 sièges en jeu cette fois-ci favorisent plutôt les républicains.
Je vous prends un exemple. Dans le Maine, l’État le plus au nord-est sur la carte, la candidate républicaine sortante s’appelle Susan Collins. Elle est sénatrice du Maine depuis 1996, alors que l’État vote généralement démocrate aux présidentielles.
Daniel Alexander Orr / Wall Street Journal
C’est l’une des plus centristes de la majorité républicaine, il lui arrive parfois de ne pas voter avec ses collègues. En 2020, elle a été réélue le même jour où le Maine votait Joe Biden pour la présidentielle. Il y a beaucoup d’électeurs qui, ce jour-là, ont voté pour le démocrate Biden pour la Maison-Blanche, et pour la républicaine Collins pour le Sénat. Elle est en difficulté cette année en raison de la guerre douanière avec le Canada voisin, mais même si une vague démocrate déferle demain, il n’est pas certain qu’elle empêche Susan Collins de se faire réélire, 30 ans après sa première élection.
Et même si les démocrates gagnent quatre sièges, ils ne sont pas assurés d’avoir une majorité stable. Je vous ai raconté dans un précédent Zeitgeist le rôle singulier que joue John Fetterman, élu sénateur de Pennsylvanie en 2022.
Oui, c’est lui ici en short et sweat capuche, sa tenue habituelle, même au Sénat.
Son siège sera remis en jeu en 2028, le même jour que la présidentielle dans cet État qui a été lors des trois précédentes le plus déterminant et l’un des plus serrés. Or Fetterman est très critique envers son parti (en particulier sur le soutien à Israel, qu’il aimerait plus solide), passe son temps sur Fox News à dire tout le mal qu’il pense de ses collègues démocrates. Et il est tout à fait possible que sur certains sujets il vote avec les républicains. Or s’il y a égalité 50-50 dans l’hémicycle, c’est le président du Sénat, donc le vice-président Vance, qui aura le vote décisif.
Si je prends le dernier relevé publié hier par Fox News, sept sièges pour le Sénat sont des toss-ups, trop serrés pour faire une prédiction.
Le Maine, dont je viens de vous parler.
La Caroline du Sud, le siège de Lindsey Graham, un faucon du Sénat, vibrant soutien de l’Ukraine, décédé cet été. C’est sa sœur qui se présente, mais elle n’a ni son expérience, ni sa légitimité. Ce qui rend ce scrutin incertain dans cet État généralement républicain.
L’Iowa, où la sortante républicaine ne se représente pas. L’Iowa, qui va compter dans les primaires républicaines pour 2028. Le candidat démocrate a une histoire étonnante, en fauteuil roulant, champion paralympique de basket à Rio et Tokyo.
Le Kansas, où un démocrate n’a pas été élu sénateur depuis… 1932 ! Je vous renvoie à deux précédents articles (ici et ici) à ce sujet publiés dans Zeitgeist ces dernières semaines. Si le Kansas élit un sénateur démocrate, ce sera l’un des événements de la nuit. Les démocrates ont désigné un candidat sur mesure pour cet État conservateur.
C’est un célèbre pasteur qui était autrefois républicain (cela permet de voir d’ailleurs si le vote chrétien de gauche est une clé pour l’emporter dans des bastions conservateurs, je vais vous en reparler à propos du Texas dans un instant).
L’Alaska, dont je vous ai parlé dans le dernier numéro de Zeitgeist. Une grossière manip’ démocrate révélée il y a quelques jours peut-elle aider les républicains à garder ce siège dans cet État qui vote généralement pour le parti du président ?
Les deux autres États que Fox News juge imprévisibles car trop serrés sont le Texas et le Michigan. Je vais m’arrêter sur l’un puis l’autre dans un instant.
Mais ce matin le New York Times publie son ultime sondage des midterms, et les démocrates sont en tête dans ces sept batailles déterminantes pour le contrôle du Sénat. Parfois au-delà de la marge d’erreur.
🟨🟧 3- Le Texas, cette fois, est-ce vraiment possible ?
Le deuxième État du pays va-t-il élire son premier sénateur démocrate depuis 1988 ? C’était avant la chute du mur de Berlin.
Le Texas n’a pas voté pour un démocrate au niveau de l’État depuis 1994. Ce serait une surprise, même si cette possibilité anime les démocrates depuis plusieurs cycles électoraux.
Je vous en ai souvent parlé dans Zeitgeist, les démocrates ont désigné un candidat taillé pour le Texas. James Talarico. S’il a une tête de séminariste, c’est parce que ce petit-fils d’un pasteur baptiste est lui-même passé par le séminaire.
En campagne, il parle sans cesse de sa foi, de la Bible, rappelle que sa famille est texane depuis huit générations. Il s’est fait connaître (au-delà du Texas) à l’été 2025 dans un épisode du podcast de Joe Rogan tourné dans son studio à Austin. C’est très Texas.
Dans ses meetings, il joue de la country, évidemment. Son slogan de campagne est inspiré de Friday Night Lights, une série télé sur une équipe de football dans une petite ville du Texas. Exactement ce qui ferait lever les yeux au ciel de beaucoup de bourgeois démocrates dans les grandes villes des côtes, de New York à Los Angeles.
Une partie de la campagne des républicains, de Donald Trump à Fox News, a porté sur la virilité de Talarico à l’apparence sage (Vance a même fait une vanne douteuse sur une supposée homosexualité de Talarico, qui est hétéro) et sur la question de savoir s’il est ou non végétarien (il ne l’est pas, et a passé sa campagne à se mettre en scène en mangeant du barbecue). Une vieille déclaration sur Dieu et les trans lui colle aussi à la peau.
Mais derrière ces sujets futiles de guerre culturelle, il porte un discours sur le coût de la vie, les milliardaires et la corruption. Il se compare à David face à Goliath, symbolisé par les grandes fortunes qui financent son adversaire et dominent Washington.
Trump a peut-être fait une erreur en ne soutenant pas dans la primaire républicaine John Cornyn, qu’il ne jugeait pas assez MAGA à son goût. Et les républicains ont désigné, en suivant les indications du président, un candidat nommé Ken Paxton. Il a une réputation de pourri. La Chambre du Texas, pourtant républicaine, avait voté sa mise en accusation en 2023. Le Sénat de l’État l’avait acquitté.
Cette sénatoriale est devenue la plus chère de l’histoire politique américaine. Plus d’un demi-milliard de dollars ! Elon Musk (qui a quitté la Californie pour le Texas) a consacré à lui seul plus de 170 millions de dollars à cette campagne pour soutenir Paxton. Talarico a levé plus de 140 millions.
Malgré les publicités incessantes qui l’attaquent, le démocrate a une petite avance dans les sondages, mais cela reste dans la marge d’erreur (sauf dans le dernier sondage New York Times publié ce matin que je vous ai montré plus haut). Trump y a passé beaucoup de temps ces dernières semaines pour éviter la perte de ce siège qui serait un désaveu pour lui.
Il faut rester prudent, car je me souviens avoir suivi en 2018 la campagne du démocrate Beto O’Rourke qui avait lui aussi suscité l’enthousiasme, levé beaucoup d’argent, fait la une de Vanity Fair shooté par Annie Leibovitz… mais avait finalement perdu.
Tout va dépendre de la mobilisation… et notamment de l’électorat latino.
C’est l’un des sujets qui va m’intéresser mardi soir, et bien au-delà du Texas. En 2024, Trump avait obtenu près d’une voix hispanique sur deux, contre 36% en 2020, selon le Pew Research Center. Surtout des hommes, qu’il avait convaincus grâce à ses promesses économiques.
Jae C. Hong / Associated Press
C’est une question importante, car les démocrates, il y a une dizaine d’années, imaginaient qu’un boulevard électoral s’ouvrait pour eux grâce au vote latino qu’ils pensaient acquis. L’élection et la réélection de Trump ont montré que le sujet est plus complexe, que le vote hispanique est plus divers que ne le pensaient les démocrates. Les Hispaniques sont par exemple plus conservateurs sur certaines questions de société, et la gestion des flux migratoires ne fait pas basculer leur vote en bloc dans un camp ou dans l’autre.
Les scores du vote anticipé au Texas sont impressionnants. 642.000 électeurs qui n’avaient pas voté en 2024 se sont déjà déplacés. La moitié d’entre eux sont hispaniques. Et 39% des élcteurs de ce sursaut latino sont des moins de 30 ans. Comment l’interpréter ? Faut-il y voir un effet des controverses autour du rôle de ICE, la police de l’immigration ? Nous verrons demain.
Mais si la vague démocrate au Texas était massive, le Texas rentrerait en jeu pour la présidentielle 2028, et c’est toute la campagne présidentielle qui en serait bouleversée.
🟨🟧 4- Le Michigan, jusqu’où peut gagner une gauche assumée ?
Je vous ai présenté les enjeux du Sénat.
Il semble difficile d’imaginer que les démocrates puissent prendre la majorité sénatoriale s’ils perdent le siège démocrate dans le Michigan, cet État du Midwest qui a été déterminant lors des précédentes présidentielles, 2024, 2020 et 2016.
Je vous ai raconté dans Zeitgeist cet été la désignation serrée d’El-Sayed à l’issue de la primaire démocrate pendant laquelle tout l’appareil du parti s’est mobilisé contre lui. Ce médecin de Détroit l’a emporté grâce au vote des jeunes et des villes, quand son adversaire avait conquis le vote populaire et la minorité noire. Il serait non seulement le premier musulman élu au Sénat (une bonne partie de la campagne républicaine porte là-dessus, le président le
Ce matin, à la veille des midterms sur lesquelles je radote depuis des mois dans Zeitgeist (le Texas ! Le Michigan !! Le Maine !!! Le Kansas !!!!), je veux partager avec vous les 10 choses que je vais scruter demain soir (et dans les heures qui suivront, car en 2020, 2022 et 2024, il a fallu plusieurs jours pour déterminer qui avait la majorité à la Chambre).
Pour comprendre ce que les Américains ont voulu exprimer dans les urnes.
Et les leçons qu’il faut en tirer, pour la présidence Trump et pour la suite (oui, la présidentielle 2028 commence demain soir).
Est-ce que ces élections de mi-mandat vont marquer le début de la fin de l’ère Trump ?
Ou le président Trump va-t-il parvenir à déjouer les sondages une nouvelle fois et faire un pied de nez historique à tous ceux qui l’imaginent déjà n’être plus qu’un lame duck, un canard boiteux, l’expression qui désigne les présidents sans pouvoir en fin de mandat ?
Il a tenu ce dimanche soir à Dubuque, dans l’Iowa, la plus longue réunion publique de sa présidence, une heure, cinquante-neuf minutes et quarante-et-une secondes.
🟧 1- Jusqu’où la vague va-t-elle monter ?
Mais va-t-on assister à une ondulation, une vaguelette, un clapot, une houle, un rouleau, une lame, une déferlante, un raz-de-marée ou un tsunami ?
En 2022, j’étais parti couvrir la campagne en Pennsylvanie, je me souviens que les républicains étaient impatients de voir déferler une vague rouge massive en leur faveur qu’ils croyaient apercevoir dans l’horizon des sondages. Ils ont constaté, dépités, qu’il ne s’agissait que d’une simple vaguelette, avec une majorité étroite à la Chambre. Ce qui avait encouragé Biden à envisager de se représenter.
Il faut rester prudent. Et si les sondages se trompaient ? J’ai consacré le dernier numéro de Zeitgeist à cette question, je ne vais pas y revenir longuement ici.
🟨🟧 Et si les sondages se trompaient ?
Philippe Corbé
·
Oct 29
🟨🟧 Et si les sondages se trompaient ?
Hi everyone, c’est Zeitgeist !
Lisez l’intégralité de l’article
Mais les sondeurs eux-mêmes sont perplexes de trouver des résultats aussi favorables aux démocrates… et certains y voient même le signe que le vote Trump pourrait être sous-estimé.
Voici par exemple ce qu’écrivait il y a quelques jours Nate Cohn, le spécialiste des sondages au New York Times, en publiant un sondage pour la sénatoriale du Minnesota, avec une avance spectaculaire et inédite de près de quinze points de la candidate démocrate, du jamais-vu dans cette campagne. Cohn peine lui-même à y croire.
“C’est l’un des résultats les plus atypiques que nous ayons jamais publiés. (...) S’il s’avère que les sondages, ou les nôtres, ont sous-estimé la force des républicains cette année, nous pourrions rétrospectivement y voir un canari dans une mine de charbon.“
Comprenez, un signal d’alarme. Ce résultat signalerait “que les sondeurs ont peiné à joindre les électeurs blancs des classes populaires, plutôt qu’une quelconque force des démocrates“.
C’est le scénario que redoutent les démocrates, encore traumatisés par les présidentielles de 2024, 2020 et 2016, où les sondages avaient sous-estimé le vote Trump.
Mais gardons en tête qu’un président élu ou réélu perd généralement les élections de mi-mandat suivantes. Comme Clinton en 1994, Bush en 2006, Obama en 2010… ou Trump en 2018.
C’est intéressant de regarder ce qui s’est passé en 2018, comme le faisait ce weekend le podcast Pod Save America produit par des anciens collaborateurs de Barack Obama.
En 2018, Trump était président depuis deux ans, l’économie tournait bien, l’inflation était faible et il avait fait passer un programme de baisses d’impôts qui profitaient aux plus riches, mais aussi aux classes moyennes (aveu, j’en avais moi-même bénéficié). Les républicains avaient été devancés de 8,5 points et avaient perdu la Chambre des représentants.
Cette année, l’inflation pèse davantage sur les familles. Trump est affaibli par ses reniements. Il n’a pas tenu ses promesses sur le prix des “groceries“, qui lui avaient permis de se faire réélire en 2024. Et le prix de l’essence cristallise les tensions depuis le début de la guerre contre l’Iran, très impopulaire, que lui reproche une partie de base électorale à laquelle il répétait depuis plus de dix ans qu’il voulait mettre fin aux guerres sans fin. Cette guerre a même éloigné une partie de ses soutiens MAGA, qui estiment qu’il a trahi sa promesse de America First (je vous l’ai souvent raconté dans Zeitgeist, les podcasteurs Tucker Carlson et Megyn Kelly en sont de bons exemples). Les premières tensions avec cette base MAGA canal historique sont apparues dès l’été 2025, lorsque Donald Trump a refusé de publier les dossiers Epstein.
Donald Trump est plus impopulaire qu’en 2018. Si les électeurs trumpistes, qui ne sont pas prompts à répondre aux sondages d’opinion, qui ont été sous-estimés par les instituts de sondage en 2016, 2020 et 2024, vont voter en masse demain, les sondages favorables aux démocrates seront contrariés. Tout dépendra de la mobilisation de cet électorat du président.
Mais, même si la vague est moins massive que ne le prédisent les sondages, il serait très surprenant que Donald Trump s’en sorte mieux qu’en 2018, quand la Chambre avait basculé côté démocrate. Nancy Pelosi était redevenue Speaker, c’est-à-dire présidente de la Chambre, et Trump avait vécu l’enfer politique. Chaque discussion budgétaire était un bras de fer.
Certes, Donald Trump pourra continuer à gouverner par décrets exécutifs, mais il devra négocier, sur le financement de la guerre par exemple. Ce qui devrait changer aussi, c’est que les membres de son administration vont être soumis à un contrôle beaucoup plus étroit du Congrès. En 2019, la majorité démocrate à la Chambre avait même voté l’impeachment, la mise en accusation de Trump.
En cas de victoire démocrate, on scrutera aussi la taille de la majorité. 20 ? 30 ou plus ? Les comparaisons avec les précédents scrutins seront délicates car républicains, puis démocrates, se sont laissés aller à une surenchère de charcutage des circonscriptions, ce que les Américains appellent du gerrymandering. Est-ce que cela risque de se retourner contre les républicains, par exemple au Texas ? Nous verrons demain.
Ça, c’est pour la Chambre.
Mais le plus important demain, ce sera la question du contrôle du Sénat.
Je vais laisser de côté aujourd’hui deux conséquences des résultats de demain qui pourraient pourtant nous occuper dans les prochaines semaines.
D’abord l’éventuelle reprise de la guerre contre l’Iran, si le président Trump voulait détourner l’attention d’une défaite.
Ensuite la tentation qu’auront les républicains de faire démissionner l’un des juges conservateurs de la Cour suprême pour pouvoir en nommer un nouveau avant que le nouveau Sénat ne siège en janvier. Ce serait le quatrième (sur neuf) nommé par Trump.
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